Alors que vous lirez ces lignes, nous serons à l’entame d’un week-end politique difficile, point d'orgue d’une campagne houleuse et indigne. Au-delà du résultat, tous ceux qui ont combattu l’initiative moutons noirs – en soutenant ou non le contre projet, pour des raisons purement tactiques ou non – sont appelés à prendre sur leurs épaules une nouvelle responsabilité : rien de moins que celle de réformer en profondeur la réalité politique de notre pays.
Les moutons noirs s’inscrivent dans une logique mélangeant à bon compte flair populiste, méfiance vis-à-vis de l’Etranger et mythologie sécuritaire. A n’en pas douter, d’autres initiatives suivront. Pourquoi l’UDC et ses alliés se départiraient-ils d’une méthode si prometteuse ?
Face à ce mouvement structurel, il faut mobiliser ce que d’aucuns appelleraient un front républicain autour de deux questions fondamentales. Premièrement, où se trouve la ligne rouge que nous ne souhaitons en cas franchir ? Quel noyau intangible de nos libertés, de notre mode de vie en société et de nos principes voulons-nous sauvegarder à tout prix ?
Deuxièmement, quelle place voulons-nous donner à la Suisse dans un monde globalisé et interdépendant ? A ce titre, il faut réaffirmer la valeur et les avantages que la Suisse retire de rapports internationaux pacifiés sous l’égide du droit international. Ces engagements relèvent de choix démocratiques pris dans notre intérêt.
En d’autres mots, quelque soit le résultat qui sera annoncé dimanche vers 14.00, nous sommes appelés à réfléchir et à nous unir pour les valeurs que nous souhaitons défendre et incarner. Nous n’avons que trop attendu.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
vendredi 26 novembre 2010
vendredi 29 octobre 2010
Lettre ouverte aux partisans de l’initiative pour le renvoi
Sensibles à la question de la criminalité, vous envisagez de donner votre voix à l’initiative pour le renvoi des étrangers criminels. La sécurité de chacun est un bien inestimable et il est légitime de chercher à la sauvegarder. A ce titre, il existe des raisons suffisantes pour vouloir renvoyer un étranger ayant commis un délit très grave. Les initiants se gardent bien de le clamer haut et fort, mais le droit actuel permet déjà les renvois (750 en 2009, selon la Commission fédérale pour les questions de migration).
Si nous sommes d’accord sur ce principe, deux fossés semblent néanmoins nous séparer. Premièrement, se pose la question de savoir ce qu’est précisément un délit très grave. Ou tirer la limite entre qui reste et qui part ? Sur ce point, l’initiative proposée par l’UDC frôle le travail d’amateurs, tant la liste des délits ne semble répondre d’aucune logique. Notre Constitution mérite-t-elle un catalogue si arbitraire et émotionnel ? La perception abusive de l’aide sociale est-elle vraiment aussi grave qu’un viol ? La discussion sur l’opportunité d’ajouter de nouveaux délits – à l’exemple des chauffards – a montré une étrange compréhension de l’instrument de l’initiative populaire. Le peuple vote en quelques sortes un chèque en blanc, qui sera ensuite manipulé à l’envi. A n’en pas douter, le contre-projet direct du Parlement fait montre d’une plus grande logique, couplant le renvoi à la gravité de la peine reçue, et non à la sorte de peine. L’arbitraire est évacuée au profit d’une plus grande sécurité.
Deuxièmement, il importe de se demander si le renvoi doit toujours l’emporter. C’est une réalité peu connue mais nombre de renvois sont tout simplement impossibles, avec ou sans initiative. Ces renvois buttent sur des écueils pratiques : impossibilité de déterminer la nationalité de la personne, refus du pays hôte de reprendre son ressortissant ou alors situation de chaos total dans le pays en question (ex. Somalie). A ce titre, les promesses de l’initiative sont purement mensongères et il est illusoire de croire que la Suisse décide seule sur la question des renvois. Elle n’a d’autre choix que de collaborer.
De manière plus fondamentale, il y a des raisons légales et morales de ne pas renvoyer quelqu’un. La Suisse devrait-elle renvoyer quelqu’un vers la torture ? Le renvoi devrait-il frapper de la même façon un père de famille avec enfants à charge et un jeune homme de 19 ans ? Je suis convaincu que le renvoi n’est légitime que si la proportionnalité de la mesure peut être vérifiée et que si le droit international est respecté. Mais voilà, l’initiative que vous soutenez ne fait pas dans la dentelle : le renvoi automatique ou rien. Sur ce point, le contre-projet est également infiniment meilleur, lui qui permet de respecter nos principes fondamentaux et le droit international.
Préférez le contre-projet à cette initiative inefficace, dangereuse et profondément contraire à nos intérêts. Dans l’espoir d’un pays respectueux des principes qui ont fait son succès, mes salutations les meilleures.
Johan Rochel
Si nous sommes d’accord sur ce principe, deux fossés semblent néanmoins nous séparer. Premièrement, se pose la question de savoir ce qu’est précisément un délit très grave. Ou tirer la limite entre qui reste et qui part ? Sur ce point, l’initiative proposée par l’UDC frôle le travail d’amateurs, tant la liste des délits ne semble répondre d’aucune logique. Notre Constitution mérite-t-elle un catalogue si arbitraire et émotionnel ? La perception abusive de l’aide sociale est-elle vraiment aussi grave qu’un viol ? La discussion sur l’opportunité d’ajouter de nouveaux délits – à l’exemple des chauffards – a montré une étrange compréhension de l’instrument de l’initiative populaire. Le peuple vote en quelques sortes un chèque en blanc, qui sera ensuite manipulé à l’envi. A n’en pas douter, le contre-projet direct du Parlement fait montre d’une plus grande logique, couplant le renvoi à la gravité de la peine reçue, et non à la sorte de peine. L’arbitraire est évacuée au profit d’une plus grande sécurité.
Deuxièmement, il importe de se demander si le renvoi doit toujours l’emporter. C’est une réalité peu connue mais nombre de renvois sont tout simplement impossibles, avec ou sans initiative. Ces renvois buttent sur des écueils pratiques : impossibilité de déterminer la nationalité de la personne, refus du pays hôte de reprendre son ressortissant ou alors situation de chaos total dans le pays en question (ex. Somalie). A ce titre, les promesses de l’initiative sont purement mensongères et il est illusoire de croire que la Suisse décide seule sur la question des renvois. Elle n’a d’autre choix que de collaborer.
De manière plus fondamentale, il y a des raisons légales et morales de ne pas renvoyer quelqu’un. La Suisse devrait-elle renvoyer quelqu’un vers la torture ? Le renvoi devrait-il frapper de la même façon un père de famille avec enfants à charge et un jeune homme de 19 ans ? Je suis convaincu que le renvoi n’est légitime que si la proportionnalité de la mesure peut être vérifiée et que si le droit international est respecté. Mais voilà, l’initiative que vous soutenez ne fait pas dans la dentelle : le renvoi automatique ou rien. Sur ce point, le contre-projet est également infiniment meilleur, lui qui permet de respecter nos principes fondamentaux et le droit international.
Préférez le contre-projet à cette initiative inefficace, dangereuse et profondément contraire à nos intérêts. Dans l’espoir d’un pays respectueux des principes qui ont fait son succès, mes salutations les meilleures.
Johan Rochel
Libellés :
droits populaires,
égalité,
migration,
politique suisse,
votation
lundi 18 octobre 2010
Un appel à penser plus grand !
Cela ressemble à une partie d’échecs où l’un des joueurs piège avec talent son contradicteur. Dans un débat de société, celui qui choisit les termes du débat possède sur ses adversaires un avantage stratégique souvent décisif. Il impose ses questions, mais également sa thématique et les moyens de trancher le débat. A lui le choix des armes et des règles !
Comme l’a montré l’initiative moutons noirs, l’UDC excelle dans cet exercice. D’un coup bien placé, le parti autrefois agrarien a imposé sa question par le biais d’une initiative populaire et forcé du même coup tous les acteurs politiques à venir sur son terrain du vote devant le peuple. Le contre-projet direct du Parlement n’est que la suite logique d’une partie rondement menée. Le 27 novembre prochain, après une campagne à grands coups de violeurs et de pédophiles, la première manche prendra fin.
Dans ce populisme ambiant – de gauche comme de droite ! – on entend trop peu souvent la voix de ceux qui veulent penser plus grand. De ceux qui n’entendent pas se laisser imposer les termes d’un débat tronqué. A ce titre, les voisins français connaissent bien la figure de l’intellectuel : un personnage public qui se donne pour mission de repenser les vérités soi-disant établies, les éclairages douteux et les raccourcis suspicieux. Sa plus grande vertu se confond avec sa capacité à ne pas se laisser enfermer dans un faux débat, à repenser les bases mêmes de la discussion.
Sous nos latitudes romandes, on connait quelques personnalités qui exercent cette activité fondamentale pour une démocratie vivante. Mais leur mission n’est pas aisée, tant la place que les médias leur réserve est ténue. Outre quelques habitués de la chronique, l’espace médiatique n’est pas propice au cours de la pensée. Celle-ci requiert parfois détours et circonvolutions, références originales ou lenteurs apparentes dans l’argument afin de déployer toute sa force. Peut-on dès lors imaginer une remarque plus destructrice que celle du journaliste enjoignant son invité à répondre en une minute à une question faussement simpliste ?
La place des intellectuels dans cette bulle médiatique n’est pas sans rappeler les fameux albatros de Baudelaire, ces grands oiseaux de mer que les marins attrapent pour s’amuser. Perdus sur le pont au milieu des huées, les albatros, autrefois majestueux, peinent alors à se mouvoir. Ne cédons pas à l’initiative de quelques sinistres marins et laissons respirer la pensée. On aurait grand tort de croire que l’on peut sans coup férir abandonner le champ de la pensée aux politiciens alliés aux promoteurs du format « 20 minutes ».
Johan Rochel
www.chroniques.ch
Comme l’a montré l’initiative moutons noirs, l’UDC excelle dans cet exercice. D’un coup bien placé, le parti autrefois agrarien a imposé sa question par le biais d’une initiative populaire et forcé du même coup tous les acteurs politiques à venir sur son terrain du vote devant le peuple. Le contre-projet direct du Parlement n’est que la suite logique d’une partie rondement menée. Le 27 novembre prochain, après une campagne à grands coups de violeurs et de pédophiles, la première manche prendra fin.
Dans ce populisme ambiant – de gauche comme de droite ! – on entend trop peu souvent la voix de ceux qui veulent penser plus grand. De ceux qui n’entendent pas se laisser imposer les termes d’un débat tronqué. A ce titre, les voisins français connaissent bien la figure de l’intellectuel : un personnage public qui se donne pour mission de repenser les vérités soi-disant établies, les éclairages douteux et les raccourcis suspicieux. Sa plus grande vertu se confond avec sa capacité à ne pas se laisser enfermer dans un faux débat, à repenser les bases mêmes de la discussion.
Sous nos latitudes romandes, on connait quelques personnalités qui exercent cette activité fondamentale pour une démocratie vivante. Mais leur mission n’est pas aisée, tant la place que les médias leur réserve est ténue. Outre quelques habitués de la chronique, l’espace médiatique n’est pas propice au cours de la pensée. Celle-ci requiert parfois détours et circonvolutions, références originales ou lenteurs apparentes dans l’argument afin de déployer toute sa force. Peut-on dès lors imaginer une remarque plus destructrice que celle du journaliste enjoignant son invité à répondre en une minute à une question faussement simpliste ?
La place des intellectuels dans cette bulle médiatique n’est pas sans rappeler les fameux albatros de Baudelaire, ces grands oiseaux de mer que les marins attrapent pour s’amuser. Perdus sur le pont au milieu des huées, les albatros, autrefois majestueux, peinent alors à se mouvoir. Ne cédons pas à l’initiative de quelques sinistres marins et laissons respirer la pensée. On aurait grand tort de croire que l’on peut sans coup férir abandonner le champ de la pensée aux politiciens alliés aux promoteurs du format « 20 minutes ».
Johan Rochel
www.chroniques.ch
lundi 4 octobre 2010
Le vent de l'aventure
Connaissez-vous le vent de l’aventure ? Il faut parfois savoir se montrer patient, l’attendre et le guetter avant qu’on ne le sente toucher nos joues. Il souffle alors sur nos visages et, l’espace d’un instant, laisse entrevoir ce que réserve l’avenir. Le cœur se sent plein d’une énergie insoupçonnée, fort de la promesse diffuse d’un renouveau.
Il est vent de l’aventure lorsque la pénombre s’étend sur la ville. Alors que l’horizon prend peu à peu ses couleurs rosées, il gagne en puissance. Les passants réajustent le col de leur manteau et se pressent vers leurs pénates. Une légère inquiétude gagne les cœurs, ce petit pincement qui nous fait lever les yeux vers le lointain. Pour ceux qui continuent à arpenter la rue, le vent de l’aventure chuchote alors l’espoir d’une nuit nouvelle, à la fois belle et inquiétante.
Il est vent de l’aventure lorsque le sommet reprend ses droits. Il se met alors à souffler pour signaler au promeneur qu’il est temps de reprendre le chemin. Pour ce visiteur d’un instant, l’état de grâce est terminé. Les cimes reprennent leur existence imperturbable tandis que le promeneur se met en route, le dos légèrement vouté et le cœur empreint de mélancolie.
Il est vent de l’aventure lorsque l’on file à pleine vitesse à travers le jour. Son souffle violent et sec vient d’ailleurs, chargé de promesses magnifiques. Il tourbillonne, ébouriffe, déborde. Comme une flèche tirée vers l’avenir, il donne une piqure de vie à ceux qui acceptent de s’y frotter. Dans l’âcre odeur de la cheminée d’un bateau, sur les quais d’une vieille gare abandonnée ou sur l’autoroute du départ, il est vertige de liberté.
Connaissez-vous le vent de l’aventure ? Il souffle pour tous ceux qui savent l’apprécier et entendre sa voix, par delà le vacarme du quotidien. Il donne aux hommes le courage et la force de regarder vers l’avant, le cœur chargé d’une puissance nouvelle. Levez les yeux vers l’horizon et humez l’air. Scrutez les arbres alentours. Le vent de l’aventure n’est jamais loin.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
Il est vent de l’aventure lorsque la pénombre s’étend sur la ville. Alors que l’horizon prend peu à peu ses couleurs rosées, il gagne en puissance. Les passants réajustent le col de leur manteau et se pressent vers leurs pénates. Une légère inquiétude gagne les cœurs, ce petit pincement qui nous fait lever les yeux vers le lointain. Pour ceux qui continuent à arpenter la rue, le vent de l’aventure chuchote alors l’espoir d’une nuit nouvelle, à la fois belle et inquiétante.
Il est vent de l’aventure lorsque le sommet reprend ses droits. Il se met alors à souffler pour signaler au promeneur qu’il est temps de reprendre le chemin. Pour ce visiteur d’un instant, l’état de grâce est terminé. Les cimes reprennent leur existence imperturbable tandis que le promeneur se met en route, le dos légèrement vouté et le cœur empreint de mélancolie.
Il est vent de l’aventure lorsque l’on file à pleine vitesse à travers le jour. Son souffle violent et sec vient d’ailleurs, chargé de promesses magnifiques. Il tourbillonne, ébouriffe, déborde. Comme une flèche tirée vers l’avenir, il donne une piqure de vie à ceux qui acceptent de s’y frotter. Dans l’âcre odeur de la cheminée d’un bateau, sur les quais d’une vieille gare abandonnée ou sur l’autoroute du départ, il est vertige de liberté.
Connaissez-vous le vent de l’aventure ? Il souffle pour tous ceux qui savent l’apprécier et entendre sa voix, par delà le vacarme du quotidien. Il donne aux hommes le courage et la force de regarder vers l’avant, le cœur chargé d’une puissance nouvelle. Levez les yeux vers l’horizon et humez l’air. Scrutez les arbres alentours. Le vent de l’aventure n’est jamais loin.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
lundi 20 septembre 2010
Relevez vos manches et saisissez le bonheur !
Le bonheur ressemble-t-il plutôt à un cadeau tombé du ciel ou à une récolte durement gagnée à la sueur de son front ? Parbleu, il n’y a aujourd’hui pas de doute permis : le bonheur est à portée de main ! Il suffit de faire preuve d’un peu de volonté pour être en mesure de le croquer à pleines dents.
Mais les masses sont si dissipées. Tant de gens laissent encore de la place à l’improvisation et à la spontanéité, au lieu de planifier leur vie sous forme d'une liste de choses à accomplir, façon course du samedi matin. Il faut être rigoureux et se donner des objectifs ambitieux : étudier, travailler, devenir riche, fonder une famille, devenir plus riche, profiter de la retraite, être heureux, être heureux, ne plus être... Au gré des envies, quelques variations mineures sont possibles, mais il ne s’agira pas de s’éloigner trop du modèle standard.
Risible ? A peine. Nous vivons dans une société travailleuse et dépourvue de raison divine qui fait l’apologie du pouvoir de prendre en main sa vie et de trouver le bonheur. Ce pouvoir est certainement une chance unique dans l’histoire de l’humanité. Sous nos contrées, jamais les hommes et les femmes n’ont eu autant d’occasions de vivre une vie heureuse. Accidents, maladies, tragédies ne sont plus que de bêtes incidents de parcours. La mort a quasiment quitté notre quotidien, reléguée à un statut exceptionnel. Il n’a jamais été aussi mal vu de mourir. Quel manque de prévoyance!
Mais voilà, ce pouvoir s'est transformé en obligation pesante. Opportunité s’est faite nécessité et les réprimandes sont lourdes pour qui ne parvient pas à porter le poids de son propre bonheur. Les cigales n'ont pas bonne presse, et il faudrait mieux être une fourmi efficace. Tête baissée à la façon du paysan travaillant son champ, nous poursuivons le labourage de notre liste intérieure. Seule la force du poignet est garante de notre bonheur et de notre place parmi la besogneuse communauté des hommes. Garder le cap, tenir bon, sourire. Si nous avons manqué le bonheur aujourd’hui, nous l’aurons demain.
Et malheur à ceux qui attendent la bouche en cœur ! Vous serez voués aux gémonies, vous qui n’avez la volonté de vous ménager une place au soleil. Faites fi de vos jérémiades : celui qui veut, peut, doit ! Et tant pis pour les cancres du fond de la classe, les chômeurs paresseux et les handicapés de tout poil. Le ciel n'accueille que les braves.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
Mais les masses sont si dissipées. Tant de gens laissent encore de la place à l’improvisation et à la spontanéité, au lieu de planifier leur vie sous forme d'une liste de choses à accomplir, façon course du samedi matin. Il faut être rigoureux et se donner des objectifs ambitieux : étudier, travailler, devenir riche, fonder une famille, devenir plus riche, profiter de la retraite, être heureux, être heureux, ne plus être... Au gré des envies, quelques variations mineures sont possibles, mais il ne s’agira pas de s’éloigner trop du modèle standard.
Risible ? A peine. Nous vivons dans une société travailleuse et dépourvue de raison divine qui fait l’apologie du pouvoir de prendre en main sa vie et de trouver le bonheur. Ce pouvoir est certainement une chance unique dans l’histoire de l’humanité. Sous nos contrées, jamais les hommes et les femmes n’ont eu autant d’occasions de vivre une vie heureuse. Accidents, maladies, tragédies ne sont plus que de bêtes incidents de parcours. La mort a quasiment quitté notre quotidien, reléguée à un statut exceptionnel. Il n’a jamais été aussi mal vu de mourir. Quel manque de prévoyance!
Mais voilà, ce pouvoir s'est transformé en obligation pesante. Opportunité s’est faite nécessité et les réprimandes sont lourdes pour qui ne parvient pas à porter le poids de son propre bonheur. Les cigales n'ont pas bonne presse, et il faudrait mieux être une fourmi efficace. Tête baissée à la façon du paysan travaillant son champ, nous poursuivons le labourage de notre liste intérieure. Seule la force du poignet est garante de notre bonheur et de notre place parmi la besogneuse communauté des hommes. Garder le cap, tenir bon, sourire. Si nous avons manqué le bonheur aujourd’hui, nous l’aurons demain.
Et malheur à ceux qui attendent la bouche en cœur ! Vous serez voués aux gémonies, vous qui n’avez la volonté de vous ménager une place au soleil. Faites fi de vos jérémiades : celui qui veut, peut, doit ! Et tant pis pour les cancres du fond de la classe, les chômeurs paresseux et les handicapés de tout poil. Le ciel n'accueille que les braves.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
lundi 6 septembre 2010
Une révolution conservatrice est en marche
Il faut parfois prendre un brin d’altitude pour oser une interprétation dégagée sur certaines évolutions. Le nombre d’initiatives populaires s’attaquant de front au régime des droits de l’homme est en augmentation. A l’horizon pointe déjà une lame de fond portant sur la Convention européenne des droits de l’homme. Et la confusion savamment entretenue entre l’Union européenne et le Conseil de l’Europe ne manquera pas d’offrir à ses détracteurs une occasion rêvée de faire coup double : des droits de l’homme qui tuent la démocratie et une Europe qui étouffe peu à peu un pays souverain.
Mais pourquoi cette attaque sur les droits de l’homme ? Plus que tout autre phénomène transnational, les droits de l’homme sont la manifestation d’un monde en changement. Les acteurs économiques, politiques ou culturels sont pris dans des réseaux d'interactions permanentes, les normes acquièrent une validité au-delà des frontières et des structures de collaboration supranationale se mettent partout en place.
C’est face à cette réalité que la révolution conservatrice déploie toute son énergie. Mais que recouvre-t-elle ? Une forme de déliquescence de la culture politique, prête à remettre en question ses propres fondements dans une posture de négation de la réalité. Cette révolution se concentre autour d’une conviction aussi forte que difficilement tenable : la Suisse est un îlot qu’il convient de protéger de toutes influences extérieures. Face à ces phénomènes transnationaux profonds, les conservateurs semblent prêts à courir tous les risques, quitte à pactiser avec des forces franchement réactionnaires ou ouvertement xénophobes. Détournant les instruments de notre démocratie, ils attaquent sans relâche toute intrusion supposée dans la « souveraineté » suisse.
Comment lutter contre cette révolution conservatrice ? La réponse se trouve dans le diagnostic. Il faut appeler à un renouveau de la culture politique suisse, une culture à la fois démocratique, libérale et positivement ouverte sur l’Autre. Le plus grand piège serait de croire que l’on peut ériger des barrières exclusivement légales face à cette révolution. La discussion sur les critères d’invalidation des initiatives populaires, encore menée presque exclusivement sous un angle juridique, pèche par excès de formalisme. Outre de nécessaires garde-fous, la seule solution durable passe par une réappropriation des fondements et de la place de notre État dans le monde, mais également par un appel à la responsabilité, la transparence et au courage politique. Première échéance avec l'initiative moutons noirs.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
Mais pourquoi cette attaque sur les droits de l’homme ? Plus que tout autre phénomène transnational, les droits de l’homme sont la manifestation d’un monde en changement. Les acteurs économiques, politiques ou culturels sont pris dans des réseaux d'interactions permanentes, les normes acquièrent une validité au-delà des frontières et des structures de collaboration supranationale se mettent partout en place.
C’est face à cette réalité que la révolution conservatrice déploie toute son énergie. Mais que recouvre-t-elle ? Une forme de déliquescence de la culture politique, prête à remettre en question ses propres fondements dans une posture de négation de la réalité. Cette révolution se concentre autour d’une conviction aussi forte que difficilement tenable : la Suisse est un îlot qu’il convient de protéger de toutes influences extérieures. Face à ces phénomènes transnationaux profonds, les conservateurs semblent prêts à courir tous les risques, quitte à pactiser avec des forces franchement réactionnaires ou ouvertement xénophobes. Détournant les instruments de notre démocratie, ils attaquent sans relâche toute intrusion supposée dans la « souveraineté » suisse.
Comment lutter contre cette révolution conservatrice ? La réponse se trouve dans le diagnostic. Il faut appeler à un renouveau de la culture politique suisse, une culture à la fois démocratique, libérale et positivement ouverte sur l’Autre. Le plus grand piège serait de croire que l’on peut ériger des barrières exclusivement légales face à cette révolution. La discussion sur les critères d’invalidation des initiatives populaires, encore menée presque exclusivement sous un angle juridique, pèche par excès de formalisme. Outre de nécessaires garde-fous, la seule solution durable passe par une réappropriation des fondements et de la place de notre État dans le monde, mais également par un appel à la responsabilité, la transparence et au courage politique. Première échéance avec l'initiative moutons noirs.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
Libellés :
droits de l'homme,
droits populaires,
politique suisse,
votation
jeudi 19 août 2010
Carnet de route d’un été européen
Les Balkans, l’Ex-Yougoslavie, la Yougoslavie jusqu’aux premières fragmentations de 1992. Ces mots qui parlent d’un Ailleurs où notre imaginaire ne place que guerres, misère et génocide. Et pourtant, après quelques jours passés en Croatie, une intense sensation de normalité. A 90 minutes de vol de Genève, aurions-nous choisi un sentier trop balisé ?
La terre des Balkans échappe à qui veut la saisir. Qui se rappelle que la Slovénie, véritable petite Suisse des Balkans, fait partie de cet ensemble protéiforme ? Qui dit encore qu’il va dans les Balkans lorsqu’il se prélasse sur les plages de galets croates ? Les Balkans reculent sous l’effet du développement, à mesure que nous investissons le lieu de mémoires plus en accord avec notre vision de la civilisation européenne. Et au gré de notre progression en Bosnie-Herzégovine, alors que minarets et bâtiments en ruine s’invitent dans notre quotidien, cette entêtante sensation de retour sur un lieu connu se dissipe. Sans toutefois ne jamais disparaître.
Après trois semaines de route à travers l’Europe balkanique, il reste l’impression poétique d’un voyage géologique. Entre les couches de l’histoire comme à Sarajevo, « ville de lumière » au croisement de l’empire ottoman, de l’Autriche-Hongrie et des Nations-Unies. Mais également à travers les clivages religieux et ethniques, façonneurs fous de tant d’identités meurtrières. A l’image de Mostar, où les combats identitaires continuent dans une course effrénée aux symboles religieux.
A n’en pas douter, on revient de ce périple grandi. Grandi d’avoir vu de près la folie destructrice de quelques sanguinaires, assoiffés de promulguer la supériorité des leurs. Grandi d’avoir vu la capacité des gens à reprendre le difficile chemin de la cohabitation au-delà des clivages. Grandi finalement de pouvoir mettre un paysage, une odeur et un souvenir sur la terre de tant de nos voisins d’ici. Eux qui sont maintenant à nouveau si proches.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
La terre des Balkans échappe à qui veut la saisir. Qui se rappelle que la Slovénie, véritable petite Suisse des Balkans, fait partie de cet ensemble protéiforme ? Qui dit encore qu’il va dans les Balkans lorsqu’il se prélasse sur les plages de galets croates ? Les Balkans reculent sous l’effet du développement, à mesure que nous investissons le lieu de mémoires plus en accord avec notre vision de la civilisation européenne. Et au gré de notre progression en Bosnie-Herzégovine, alors que minarets et bâtiments en ruine s’invitent dans notre quotidien, cette entêtante sensation de retour sur un lieu connu se dissipe. Sans toutefois ne jamais disparaître.
Après trois semaines de route à travers l’Europe balkanique, il reste l’impression poétique d’un voyage géologique. Entre les couches de l’histoire comme à Sarajevo, « ville de lumière » au croisement de l’empire ottoman, de l’Autriche-Hongrie et des Nations-Unies. Mais également à travers les clivages religieux et ethniques, façonneurs fous de tant d’identités meurtrières. A l’image de Mostar, où les combats identitaires continuent dans une course effrénée aux symboles religieux.
A n’en pas douter, on revient de ce périple grandi. Grandi d’avoir vu de près la folie destructrice de quelques sanguinaires, assoiffés de promulguer la supériorité des leurs. Grandi d’avoir vu la capacité des gens à reprendre le difficile chemin de la cohabitation au-delà des clivages. Grandi finalement de pouvoir mettre un paysage, une odeur et un souvenir sur la terre de tant de nos voisins d’ici. Eux qui sont maintenant à nouveau si proches.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
Inscription à :
Articles (Atom)