jeudi 12 janvier 2012
De retour pour l’année nouvelle
jeudi 20 août 2009
Rencontre avec un vieil ami
La chronique de la rentrée, ou l’ultime occasion d’évoquer une impression de vacances. Une plongée dans les souvenirs, comme une tentative de retenir une longue soirée d’été : à l’horizon, le frémissement et l’excitation d’une nouvelle rentrée se font déjà sentir. Chers lecteurs, heureux d'être avec vous à nouveau.
Il y a quelques semaines, j’ai descendu la vallée du Rhône jusqu’à Avignon. Outre la magnificence du Palais des Papes et la petitesse du célèbre pont, c’est surtout le Rhône qui fut source d’étonnement. Quelle étrange sensation de rencontrer un vieil ami en terres lointaines ! Lui que l’on connaît ici au rythme de la ballade, lui que l’on parcourt juché sur sa petite reine, lui, encore jeune et vivace, qui dessine et marque les caractères de nos contrées.
Quelques centaines de kilomètres en aval, cette vieille connaissance a gagné en stature. A l’approche de la Cannebière, ce compagnon est devenu souverain. L’accent de ses rives s’est d’ailleurs fait plus chantant, drapant sa majesté d’une parure plus estivale. Incrédule, on trempe alors sa main dans l’eau. Est-ce le même qui, il y a peu, coulait de son glacier et traversait le Valais pour se jeter dans les eaux du Bouveret ?
A l’ombre des imposants remparts d’Avignon, d’autres promeneurs vivent au rythme de « leur » Rhône. Mélange étonnant de familier et de nouveauté, la rencontre avec ce vieil ami rappelle que tout est mouvement. Que le connu d’ici est amené à devenir l’inconnu là-bas. Une vérité que les philosophes grecs avaient pressentie : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
lundi 3 novembre 2008
Mourir demain ? Inch allah
Au tournant de chaque jour, cette présence de la mort s’impose à nous sur le mode de l’imprévisible. Au gré des mots, cette virtualité se fait présente, presque palpable. « Et si vous deviez mourir demain, que feriez-vous de cette journée ? » demande le sage, nous obligeant à choisir entre les deux pôles de notre rapport millénaire avec la mort, entre déni et reconnaissance d’une imminence toujours menaçante.
Peut-être est-ce en ce sens qu’il faut comprendre l’expression inch allah ? En terre d’Islam, ce mot de sagesse donne corps à la conditionnalité de la vie que nous menons. J’ai encore en tête cet homme rencontré au Maroc, qui ponctuait toutes ses phrases contenant un futur d’un inch allah, susurré comme une leçon de vie. « Nous verrons nous demain ? » Inch allah répondait-il, humble face aux innombrables évènements possibles d’ici là.
« Si Dieu le veut » proclament les croyants, reconnaissant ainsi que le contrôle de notre destinée nous échappe. Nous pouvons dire Dieu, le destin, le hasard, l’absurde, qu’importe au fond. Inch allah, c’est la simple prise de conscience que demain ne nous appartient pas complètement. Baigné dans une société qui se bâtit sur le phantasme de tout maîtriser, il sonne parfois faux de rappeler l’omniprésence conjuguée de la mort et de l’imprévisible.
Pourtant, il faudra mourir - et loin d’une image d’Epinal - nous ne serons peut-être pas entourés de nos petits-enfants, recueillant les fruits d’une vie bien menée. Mourir, ce pourrait être une fois que vous aurez terminé de lire ces lignes. Et si tel n’était pas le cas, il nous importerait toujours de poser une question: la vie aurait-elle un goût plus intense si nous gardions toujours cette possibilité de mort bien en vue ?
Johan Rochel
www.chroniques.ch