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jeudi 12 janvier 2012

De retour pour l’année nouvelle


Voilà bien des années que je n’habite plus la région du Chablais. Au gré des invitations, des rencontres ou des obligations, je reviens à Monthey, m’établissant quelques jours sur les bords de la Vièze. Comme pour beaucoup, les Fêtes de fin d’année marquent un moment particulier. A la manière d’un clocher rappelant les membres dispersés, les festivités sonnent le retour au bercail. A y regarder de plus près derrière les vitres embuées, les cafés se remplissent alors de vieux amis et connaissances. Entre les discussions à voix basse et les retrouvailles fortes en émotions, les bistrots vibrent de ces moments partagés. Partout, l’odeur de l’amitié se répand. 

En cette froide soirée du début janvier, je déambule dans ces rues si familières. Certaines enseignes ont beau avoir changé, un profond sentiment de familiarité m’envahit. Les visages se bousculent dans ma mémoire. La famille, les amis, ces figures connues mais anonymes qui forment le décor de la cité, tous semblent être réunis. 2012 a commencé sans attendre et je tente de presser le pas. Mais rien n’y fait : le regard s’accroche alentours, la foulée se fait moins énergique et la pensée s’égare au rythme des souvenirs.  

Y a-t-il meilleur moment que ces retours pour mesurer le passage du temps ? Les bébés sont devenus enfants. Pour le plus grand bonheur d’une famille réunie, ils articulent quelques mots, premiers pas tangibles dans le monde des humains. En l’espace d’un instant de vie, ce sont eux qui déambuleront dans les rues, songeant aux réussites que leur réserve la nouvelle année. A la pensée de ces êtres en devenir, une pensée émue s’envole vers tous les autres. Et leurs parents ? Et leurs grands-parents ? Et tous ceux qui vécurent en 2011 leur dernier premier jour de l’An ? Les Fêtes de fin d’année ont cela de cruel qu’elles tirent un trait définitif sur un moment de vie. Au passage de minuit, les erreurs et les faiblesses sont inscrites au grand livre du temps. Comme les deux faces d’une même médaille, tandis qu’il cristallise l’année écoulée, l’an neuf s’ouvre sur un univers de promesses à venir. 

Alors que je me hâte à travers les rues, 2012 déploie ses premiers instants. Que nous réserve l’année nouvelle et surtout, qui sera avec nous pour en profiter ? Je me donne rendez-vous dans un tour de cadran de notre vie humaine. Certaines vitrines auront changé. Certains proches seront devenus des souvenirs aimés. Certains enfants seront nés. A l’année prochaine.

Johan Rochel
www.chroniques.ch

jeudi 20 août 2009

Rencontre avec un vieil ami

La chronique de la rentrée, ou l’ultime occasion d’évoquer une impression de vacances. Une plongée dans les souvenirs, comme une tentative de retenir une longue soirée d’été : à l’horizon, le frémissement et l’excitation d’une nouvelle rentrée se font déjà sentir. Chers lecteurs, heureux d'être avec vous à nouveau.


Il y a quelques semaines, j’ai descendu la vallée du Rhône jusqu’à Avignon. Outre la magnificence du Palais des Papes et la petitesse du célèbre pont, c’est surtout le Rhône qui fut source d’étonnement. Quelle étrange sensation de rencontrer un vieil ami en terres lointaines ! Lui que l’on connaît ici au rythme de la ballade, lui que l’on parcourt juché sur sa petite reine, lui, encore jeune et vivace, qui dessine et marque les caractères de nos contrées.

Quelques centaines de kilomètres en aval, cette vieille connaissance a gagné en stature. A l’approche de la Cannebière, ce compagnon est devenu souverain. L’accent de ses rives s’est d’ailleurs fait plus chantant, drapant sa majesté d’une parure plus estivale. Incrédule, on trempe alors sa main dans l’eau. Est-ce le même qui, il y a peu, coulait de son glacier et traversait le Valais pour se jeter dans les eaux du Bouveret ?


A l’ombre des imposants remparts d’Avignon, d’autres promeneurs vivent au rythme de « leur » Rhône. Mélange étonnant de familier et de nouveauté, la rencontre avec ce vieil ami rappelle que tout est mouvement. Que le connu d’ici est amené à devenir l’inconnu là-bas. Une vérité que les philosophes grecs avaient pressentie : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.


Johan Rochel

www.chroniques.ch

lundi 3 novembre 2008

Mourir demain ? Inch allah

La vie nous rappelle bien souvent que notre présence sur cette terre ne tient qu’à peu de chose. Un fil tout au plus, que la grande faucheuse a tôt fait de trancher sans toujours s’épancher sur ses raisons. Pour les lecteurs assidus du dernier cahier du Nouvelliste comme pour les autres, tout cela ressemble fort à une banalité.
Au tournant de chaque jour, cette présence de la mort s’impose à nous sur le mode de l’imprévisible. Au gré des mots, cette virtualité se fait présente, presque palpable. « Et si vous deviez mourir demain, que feriez-vous de cette journée ? » demande le sage, nous obligeant à choisir entre les deux pôles de notre rapport millénaire avec la mort, entre déni et reconnaissance d’une imminence toujours menaçante.

Peut-être est-ce en ce sens qu’il faut comprendre l’expression inch allah ? En terre d’Islam, ce mot de sagesse donne corps à la conditionnalité de la vie que nous menons. J’ai encore en tête cet homme rencontré au Maroc, qui ponctuait toutes ses phrases contenant un futur d’un inch allah, susurré comme une leçon de vie. « Nous verrons nous demain ? » Inch allah répondait-il, humble face aux innombrables évènements possibles d’ici là.
« Si Dieu le veut » proclament les croyants, reconnaissant ainsi que le contrôle de notre destinée nous échappe. Nous pouvons dire Dieu, le destin, le hasard, l’absurde, qu’importe au fond. Inch allah, c’est la simple prise de conscience que demain ne nous appartient pas complètement. Baigné dans une société qui se bâtit sur le phantasme de tout maîtriser, il sonne parfois faux de rappeler l’omniprésence conjuguée de la mort et de l’imprévisible.
Pourtant, il faudra mourir - et loin d’une image d’Epinal - nous ne serons peut-être pas entourés de nos petits-enfants, recueillant les fruits d’une vie bien menée. Mourir, ce pourrait être une fois que vous aurez terminé de lire ces lignes. Et si tel n’était pas le cas, il nous importerait toujours de poser une question: la vie aurait-elle un goût plus intense si nous gardions toujours cette possibilité de mort bien en vue ?

Johan Rochel
www.chroniques.ch