On connaissait le label Max Havelaar et ses emballages porteurs de travailleurs souriants. Cette année, les campagnes de publicité se référant à des labels bio, fair trade ou autre commerce durable sont légions. Sur les affiches et les produits, le recours direct à ces arguments a incontestablement gagné en présence.
Ne boudons pas notre plaisir. Derrière ce nombre croissant d’actions « éthiques » se cache une prise de conscience proprement révolutionnaire de nombreux consommateurs. Balader son caddie dans les étals des supermarchés n’a rien de banal ou d’insignifiant. Le choix que chacun d’entre nous réalise au moment de saisir un litre de jus d’orange, du chocolat ou un vêtement revêt une influence considérable pour une multitude d’acteurs, organisés au sein d’une chaine de production complexe et souvent opaque. Cette nouvelle donne globalisée et le travail de transparence que réalisent labels et société civile participent à un changement fondamental dans notre approche de ces gestes quotidiens. Bien plus qu’il ne l’était pour nos grands-parents, le passage au supermarché est devenu synonyme de gestes hautement politiques. Refuser cette nouvelle signification, c’est au mieux fermer les yeux sur une réalité qu’on se devrait de voir, au pire refuser de reconnaître ses responsabilités morales.
Derrière ces développements réjouissants, on se doit néanmoins de critiquer deux points cruciaux. Le débat sur ces choix « éthiques » est bien souvent tronqué. L’éthique n’est pas une science exacte, dont le contenu se laisse formuler facilement. Au sens fort, l’éthique est la tentative du bien agir, à ce titre inséparable de la complexité et de l’incertitude des actions humaines. La vision idyllique de l’éthique qui semble prévaloir sur les étals atteint ses limites lorsque les profondes tensions entre les différents labels apparaissent au grand jour. Un légume récolté bio est-il synonyme de droits humains respectés ? Et l’inverse ? Un fruit importé depuis l’autre coté du monde peut-il être bio ? Ces tensions ne sont pas insolubles, mais une position satisfaisante exige un travail de fond conséquent. Le consommateur a besoin de labels performants, capables de prendre en compte la complexité des interactions et des situations de chaque branche.
De plus, cette avancée ne résoudra pas tout. Le choix des produits au supermarché relève également du facteur prix. Tous ne peuvent pas se payer un choix « éthique ». De politique, la question se fait également sociale. Consommateurs aisés, pauvres ou moyens ont-ils la même responsabilité morale ? Comment rendre compte de cette question devant le tribunal de la caissière ?
Johan Rochel
www.chroniques.ch
vendredi 20 mai 2011
mercredi 27 avril 2011
Qui connaît Helen Keller?
Le 12 avril 2011, Helen Keller est devenue l’une des Suissesses les plus influentes d’Europe. En compagnie de ses acolytes, la Zürichoise aura l’honneur et la responsabilité de trancher des questions touchant au cœur de nos vies en société. Entre aide au suicide et crucifix en salles de classe, la liste des affaires potentiellement explosives ne manque pas. Au gré de la procédure, elle pourrait conduire jusqu’à la douloureuse question de l’interdiction de la construction des minarets telle que voulue par le peuple suisse. Mais que fait donc la mystérieuse Mme. Keller ? Dès octobre 2011, en remplacement de Giorgio Malinverni, la Zürichoise siègera en tant que juge pour la Suisse à la Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg.
Si la notoriété publique d’Helen Keller (surtout en Romandie) reste bien modeste à l’égard de l’importance de sa fonction, c’est certainement parce que la Suisse officielle se réjouit dans une retenue particulièrement frappante. L’exercice de la félicitation sous pression populiste reste une tâche bien ingrate ! Helen Keller est passée du statut de professeure à l’université de Zürich à celui de « juge étrangère», ces fossoyeurs de la démocratie suisse dénoncés à longueur de tirades par une certaine frange politique. La Cour de Strasbourg, véritable épine dans le pied des défenseurs d’une souveraineté aussi intangible qu’illusoire, se permet d’intercéder dans les affaires intérieures, parfois même au mépris des décisions populaires. Et tout cela pour protéger de prétendus droits de l’homme inscrits dans une obscure convention ! Tout cela fleure bon le complot de la classe politique.
Plus profondément, le problème relève d’un manque crasse d’informations. La Convention Européenne des Droits de l’Homme fait figure d’épine dorsale du Conseil de l’Europe, première organisation intergouvernementale dédiée au maintien de la paix et de la prospérité en Europe. Qui connaît encore cette institution fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, forte aujourd’hui de 47 membres ? Qui pourrait citer les parlementaires suisses siégeant à l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe? Le Conseil de l’Europe n’est-il pas de plus en plus associé à l’ «autre» Europe, la menaçante Union Européenne?
Face à la montée des pressions politiques, il est aujourd’hui central de ré-affirmer l’importance du Conseil de l’Europe et de la Convention. En offrant à tout individu la possibilité de faire valoir la violation de ses droits à la Cour, la Convention est en première ligne d’une meilleure garantie des droits individuels par delà les différents systèmes nationaux. La juge internationale Helen Keller fait maintenant partie intégrante de ce mécanisme de protection des droits humains. Quant à sa notoriété, gageons que si d’aventure l’interdiction des minarets devait trouver son chemin jusqu’à la salle du tribunal, Mme. Keller gagnerait une visibilité immédiate et bien lourde à porter.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
Si la notoriété publique d’Helen Keller (surtout en Romandie) reste bien modeste à l’égard de l’importance de sa fonction, c’est certainement parce que la Suisse officielle se réjouit dans une retenue particulièrement frappante. L’exercice de la félicitation sous pression populiste reste une tâche bien ingrate ! Helen Keller est passée du statut de professeure à l’université de Zürich à celui de « juge étrangère», ces fossoyeurs de la démocratie suisse dénoncés à longueur de tirades par une certaine frange politique. La Cour de Strasbourg, véritable épine dans le pied des défenseurs d’une souveraineté aussi intangible qu’illusoire, se permet d’intercéder dans les affaires intérieures, parfois même au mépris des décisions populaires. Et tout cela pour protéger de prétendus droits de l’homme inscrits dans une obscure convention ! Tout cela fleure bon le complot de la classe politique.
Plus profondément, le problème relève d’un manque crasse d’informations. La Convention Européenne des Droits de l’Homme fait figure d’épine dorsale du Conseil de l’Europe, première organisation intergouvernementale dédiée au maintien de la paix et de la prospérité en Europe. Qui connaît encore cette institution fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, forte aujourd’hui de 47 membres ? Qui pourrait citer les parlementaires suisses siégeant à l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe? Le Conseil de l’Europe n’est-il pas de plus en plus associé à l’ «autre» Europe, la menaçante Union Européenne?
Face à la montée des pressions politiques, il est aujourd’hui central de ré-affirmer l’importance du Conseil de l’Europe et de la Convention. En offrant à tout individu la possibilité de faire valoir la violation de ses droits à la Cour, la Convention est en première ligne d’une meilleure garantie des droits individuels par delà les différents systèmes nationaux. La juge internationale Helen Keller fait maintenant partie intégrante de ce mécanisme de protection des droits humains. Quant à sa notoriété, gageons que si d’aventure l’interdiction des minarets devait trouver son chemin jusqu’à la salle du tribunal, Mme. Keller gagnerait une visibilité immédiate et bien lourde à porter.
Johan Rochel
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lundi 28 mars 2011
Comment gérer un monde d'interdépendances?
L’actualité internationale nous offre la preuve que nous évoluons dans un monde fait d’interdépendances permanentes. Le défi politique sous-jacent n’est toutefois pas souvent clairement formulé : Comment gérer ces interdépendances ?
Depuis bientôt trois mois, les nouvelles internationales ont pris une place de plus en plus importante dans nos vies. En s’invitant dans nos salons, nos journées de travail et nos discussions, les évènements internationaux monopolisent une bonne partie de notre capacité d’attention. A n’en pas douter, l’omniprésence et l’instantanéité de ce flux d’informations rapprochent les bonheurs et les tragédies qui se jouent sur ce qu’on appelle fort justement le théâtre du monde. Les conséquences de cette proximité sont nombreuses, tant sur notre capacité d’identification que sur notre propension à faire œuvre d’empathie et à nous engager en faveur des victimes.
Sur un plan global, c’est l’occasion de vérifier que nous évoluons dans un monde d’interactions permanentes. A leur tour, ces interactions ouvrent le champ d’interdépendances structurelles et profondes. Mais au-delà de ce constat relativement banal, il importe de débattre la question politique et juridique fondamentale de la bonne gestion de ces interdépendances. Affirmer qu’un nuage radioactif ne pourrait toucher la Suisse, qu’une vague de réfugiés s’abattra sur l’Europe ou que la récolte de cacao sera affectée par le duel Gbagbo/Ouatara ne pose en effet pas la question essentielle : quels mécanismes politiques pour gérer ces interdépendances et les risques de domination corollaires ?
Les limites de l’Etat-nation
Il est aujourd’hui peu disputé que l’Etat-nation et l’idée de souveraineté absolue ne sont plus des réponses satisfaisantes. Ce qui se passe à l’intérieur d’un Etat a des influences considérables sur les acteurs extérieurs. Le fait même de recourir au terme de communauté internationale montre qu’il existe un étalon de valeur supérieur, rassemblant en un groupe l’ensemble des individus et des communautés politiques. Au contraire d’une souveraineté nationale une et indivisible, il s’agit plutôt d’adopter une approche différenciée, capable de séparer les différents domaines de compétences et de les allouer à l’échelon politique et institutionnel le plus à même de gérer de manière légitime ces interdépendances.
Repenser le défi de la légitimité
Deux stratégies complémentaires s’ouvrent à la communauté internationale. Premièrement, les compétences souveraines doivent être attachées à un standard de légitimité. Dans la mesure où ce standard n’est pas respecté, la communauté politique en question perd l’usage légitime de ses compétences souveraines. La proposition actuellement la plus crédible quant au contenu de ce standard de légitimité se concentre sur le respect effectif des droits de l’homme. A ce titre, la résolution 1973 de l’ONU relative à la situation en Lybie est le premier exemple d’action de la communauté internationale puisant sa légitimité dans le concept de « responsabilité de protéger ». Une responsabilité qui s’applique lorsqu’un régime met volontairement et systématiquement en danger les droits fondamentaux des individus vivant sur son territoire.
Deuxièmement, certains compétences souveraines doivent être allouées à des institutions supranationales, existantes ou encore à inventer. De par leur caractère global, ces institutions devraient être à même de conceptualiser puis de réguler les interdépendances existantes entre les acteurs. A leur tour, ces nouveaux lieux de débats et de décisions politiques doivent être organisés afin d’assurer une juste et équitable représentation de toutes les voix.
L’interdépendance qui caractérise notre monde globalisé appelle des réponses innovantes, sortant des cadres conceptuels dans lesquels les politiques nationales évoluent. Sur le plan de politique internationale, ces questions offrent un champ de possibles sur lesquels la Suisse devrait prendre un véritable leadership intellectuel et moral. A titre d’exemples, la reconnaissance d’un nouvel Etat (par. ex le Kosovo) offre un momentum particulièrement paradigmatique de cette gestion des interdépendances. En développant un cadre conceptuel cohérent sur les conditions et limites de la reconnaissance d’un nouveau membre de la communauté internationale, la Suisse aurait les moyens de s’affirmer sur un terrain absolument central. En adoptant une telle stratégie, la Suisse sera en mesure de plaider de manière convaincante pour une architecture juridique internationale solide, le respect et le renforcement du cadre multilatéral et l’engagement au sein des instances internationales en faveur des droits de l’homme.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
Cette chronique a été publiée sur le blog du foraus - Forum de politique étrangère.
Depuis bientôt trois mois, les nouvelles internationales ont pris une place de plus en plus importante dans nos vies. En s’invitant dans nos salons, nos journées de travail et nos discussions, les évènements internationaux monopolisent une bonne partie de notre capacité d’attention. A n’en pas douter, l’omniprésence et l’instantanéité de ce flux d’informations rapprochent les bonheurs et les tragédies qui se jouent sur ce qu’on appelle fort justement le théâtre du monde. Les conséquences de cette proximité sont nombreuses, tant sur notre capacité d’identification que sur notre propension à faire œuvre d’empathie et à nous engager en faveur des victimes.
Sur un plan global, c’est l’occasion de vérifier que nous évoluons dans un monde d’interactions permanentes. A leur tour, ces interactions ouvrent le champ d’interdépendances structurelles et profondes. Mais au-delà de ce constat relativement banal, il importe de débattre la question politique et juridique fondamentale de la bonne gestion de ces interdépendances. Affirmer qu’un nuage radioactif ne pourrait toucher la Suisse, qu’une vague de réfugiés s’abattra sur l’Europe ou que la récolte de cacao sera affectée par le duel Gbagbo/Ouatara ne pose en effet pas la question essentielle : quels mécanismes politiques pour gérer ces interdépendances et les risques de domination corollaires ?
Les limites de l’Etat-nation
Il est aujourd’hui peu disputé que l’Etat-nation et l’idée de souveraineté absolue ne sont plus des réponses satisfaisantes. Ce qui se passe à l’intérieur d’un Etat a des influences considérables sur les acteurs extérieurs. Le fait même de recourir au terme de communauté internationale montre qu’il existe un étalon de valeur supérieur, rassemblant en un groupe l’ensemble des individus et des communautés politiques. Au contraire d’une souveraineté nationale une et indivisible, il s’agit plutôt d’adopter une approche différenciée, capable de séparer les différents domaines de compétences et de les allouer à l’échelon politique et institutionnel le plus à même de gérer de manière légitime ces interdépendances.
Repenser le défi de la légitimité
Deux stratégies complémentaires s’ouvrent à la communauté internationale. Premièrement, les compétences souveraines doivent être attachées à un standard de légitimité. Dans la mesure où ce standard n’est pas respecté, la communauté politique en question perd l’usage légitime de ses compétences souveraines. La proposition actuellement la plus crédible quant au contenu de ce standard de légitimité se concentre sur le respect effectif des droits de l’homme. A ce titre, la résolution 1973 de l’ONU relative à la situation en Lybie est le premier exemple d’action de la communauté internationale puisant sa légitimité dans le concept de « responsabilité de protéger ». Une responsabilité qui s’applique lorsqu’un régime met volontairement et systématiquement en danger les droits fondamentaux des individus vivant sur son territoire.
Deuxièmement, certains compétences souveraines doivent être allouées à des institutions supranationales, existantes ou encore à inventer. De par leur caractère global, ces institutions devraient être à même de conceptualiser puis de réguler les interdépendances existantes entre les acteurs. A leur tour, ces nouveaux lieux de débats et de décisions politiques doivent être organisés afin d’assurer une juste et équitable représentation de toutes les voix.
L’interdépendance qui caractérise notre monde globalisé appelle des réponses innovantes, sortant des cadres conceptuels dans lesquels les politiques nationales évoluent. Sur le plan de politique internationale, ces questions offrent un champ de possibles sur lesquels la Suisse devrait prendre un véritable leadership intellectuel et moral. A titre d’exemples, la reconnaissance d’un nouvel Etat (par. ex le Kosovo) offre un momentum particulièrement paradigmatique de cette gestion des interdépendances. En développant un cadre conceptuel cohérent sur les conditions et limites de la reconnaissance d’un nouveau membre de la communauté internationale, la Suisse aurait les moyens de s’affirmer sur un terrain absolument central. En adoptant une telle stratégie, la Suisse sera en mesure de plaider de manière convaincante pour une architecture juridique internationale solide, le respect et le renforcement du cadre multilatéral et l’engagement au sein des instances internationales en faveur des droits de l’homme.
Johan Rochel
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Cette chronique a été publiée sur le blog du foraus - Forum de politique étrangère.
lundi 14 mars 2011
Hongrie-Maghreb, et retour
Une photo comme sortie d’un autre temps. Des adultes offrant aux enfants un petit présent. Et la légende, d’une clarté dérangeante à plus d’un demi-siècle de distance : « A Buchs, les enfants réfugiés hongrois reçoivent un cadeau de bienvenue en Suisse.»
On aura beau clamer que comparaison n’est pas raison, la juxtaposition de ces photos sépia et des premières pages de nos quotidiens laisse songeur. Après l’accueil chaleureux de près de 12'000 réfugiés hongrois en 1956, suivis de près par les Tibétains, les Tchécoslovaques, les Chiliens et les boat people vietnamiens, comment expliquer les réactions timides face au Printemps arabe ? Comment expliquer le silence presque bruyant des politiciens de tout bord ? Comment expliquer que l’enthousiasme des médias a cédé sa place aux peurs face à l’arrivée de vagues massives de (prétendus) réfugiés ?
Face à l’urgence de la situation, ces réflexions historiques nous rappellent surtout l’importance d’affirmer des convictions morales fortes. En différenciant les priorités morales des questions de faisabilité pratique et politique, la portée exacte de nos responsabilités apparaîtra plus clairement.
En tant que pays se revendiquant d’une tradition d’asile centenaire, la Suisse se doit d’assurer un accueil digne et humain à toutes les personnes fuyant les persécutions. Un examen individuel des demandes d’asile et le respect des procédures de recours sont les conditions sine qua non d’un accueil digne d’un Etat de droit.
De plus, il est faux de nous mettre dans la peau du spectateur extérieur, montrant de manière souveraine plus ou moins de générosité dans l’accueil de réfugiés. L’Occident – en première ligne l’Europe – n’est pas un agent extérieur, mais bel et bien un acteur de la crise. En soutenant politiquement et matériellement des régimes autoritaires, nous avons pactisé avec des forces peu scrupuleuses. Aujourd’hui, ce sont les victimes de nos anciens « amis » qui demandent notre aide. Nos responsabilités morales n’en sont que plus fortement engagées.
Cette situation à proprement parler exceptionnelle appelle des réponses du même ordre. Notre seul horizon de pensée ne peut être de renvoyer le plus rapidement le plus de migrants possibles. Il relève de notre responsabilité de préparer une réponse à la hauteur des évènements historiques. 2011 marque les 60 ans de la Convention de Genève sur les réfugiés et l’occasion est belle de joindre le geste au symbolique.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
On aura beau clamer que comparaison n’est pas raison, la juxtaposition de ces photos sépia et des premières pages de nos quotidiens laisse songeur. Après l’accueil chaleureux de près de 12'000 réfugiés hongrois en 1956, suivis de près par les Tibétains, les Tchécoslovaques, les Chiliens et les boat people vietnamiens, comment expliquer les réactions timides face au Printemps arabe ? Comment expliquer le silence presque bruyant des politiciens de tout bord ? Comment expliquer que l’enthousiasme des médias a cédé sa place aux peurs face à l’arrivée de vagues massives de (prétendus) réfugiés ?
Face à l’urgence de la situation, ces réflexions historiques nous rappellent surtout l’importance d’affirmer des convictions morales fortes. En différenciant les priorités morales des questions de faisabilité pratique et politique, la portée exacte de nos responsabilités apparaîtra plus clairement.
En tant que pays se revendiquant d’une tradition d’asile centenaire, la Suisse se doit d’assurer un accueil digne et humain à toutes les personnes fuyant les persécutions. Un examen individuel des demandes d’asile et le respect des procédures de recours sont les conditions sine qua non d’un accueil digne d’un Etat de droit.
De plus, il est faux de nous mettre dans la peau du spectateur extérieur, montrant de manière souveraine plus ou moins de générosité dans l’accueil de réfugiés. L’Occident – en première ligne l’Europe – n’est pas un agent extérieur, mais bel et bien un acteur de la crise. En soutenant politiquement et matériellement des régimes autoritaires, nous avons pactisé avec des forces peu scrupuleuses. Aujourd’hui, ce sont les victimes de nos anciens « amis » qui demandent notre aide. Nos responsabilités morales n’en sont que plus fortement engagées.
Cette situation à proprement parler exceptionnelle appelle des réponses du même ordre. Notre seul horizon de pensée ne peut être de renvoyer le plus rapidement le plus de migrants possibles. Il relève de notre responsabilité de préparer une réponse à la hauteur des évènements historiques. 2011 marque les 60 ans de la Convention de Genève sur les réfugiés et l’occasion est belle de joindre le geste au symbolique.
Johan Rochel
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politique suisse
vendredi 4 mars 2011
Le bonheur est dans le chemin
Il y a peu, j’ai lu un article portant sur la recherche du bonheur. Après quelques considérations générales, l’auteur en venait à la fameuse rubrique des conseils pratiques. L’un d’eux était aussi simple que surprenant : changer de chemin quotidien pour aller au travail. Intéressé sans être convaincu, j’ai refermé le journal en pensant « Un article de plus sur la recherche du bonheur ».
Le lendemain matin, en enfourchant mon vélo, l’étrange proposition m’est revenue à l’esprit et j’ai décidé de choisir un autre chemin. Je bifurquais alors au premier carrefour, prenant par un quartier résidentiel plutôt que par la voie directe. La première sensation fut celle d’un étrange changement de décor. Ces bâtiments, ces routes et ces gens qui peuplaient mon quotidien à la manière d’un fond d’écran mouvant avaient disparu. Le chauffeur de tram qui use prudemment de son klaxon ? La patronne de pharmacie qui sort son panneau de prix ? Le groupe d’enfants qui se rendent à la crèche ? Tous s’étaient évanouis, comme remplacés à la dernière minute dans le casting de mon parcours quotidien.
Les yeux grands ouverts, j’avançais à travers ces nouvelles contrées. Tout apparaissait sous un jour nouveau. Comme dans un film de Jean-Pierre Jeunet, je me sentais porté par un enthousiasme nouveau auquel il ne manquait guère qu’une musique entrainante. Les détails insolites sautaient à l’œil. Il y avait cet homme marchant pieds nus, l’air hagard. Un peu plus loin, quelques hommes encravatés dégustant une saucisse de veau sur le coup des huit heures et sous l’œil amusé de touristes asiatiques. Au bord du lac, des joggers dans le ciel rosé du matin, étranges silhouettes mouvantes sur fond d’aquarelle.
Arrivé à destination, l’idée paraissait toujours si inoffensive. Le bonheur est-il si proche qu’il suffise de changer de chemin pour le trouver ? Peu à peu, je soupçonnais l’auteur de l’article que j’avais consulté par hasard d’avoir cherché à nous ouvrir les yeux. Le bonheur ne réside-t-il pas dans un changement de perspective sur sa propre vie ? Se regarder sous un angle nouveau pour voir ce que nous sommes, mais pour surtout pour reconnaitre nos potentialités infinies ? Rien ne sert de se placer face au miroir, dans un mouvement d’introspection profond, pour entamer cette réflexion. Il suffit peut-être de changer son chemin quotidien, déclenchant un effet domino dont on ne sait où il mènera. Et si l’idée ne devait pas vous convaincre, chers lecteurs, refermez tranquillement ce magazine et dites à haute voix « Un article de plus sur la recherche du bonheur ».
Johan Rochel
www.chroniques.ch
Le lendemain matin, en enfourchant mon vélo, l’étrange proposition m’est revenue à l’esprit et j’ai décidé de choisir un autre chemin. Je bifurquais alors au premier carrefour, prenant par un quartier résidentiel plutôt que par la voie directe. La première sensation fut celle d’un étrange changement de décor. Ces bâtiments, ces routes et ces gens qui peuplaient mon quotidien à la manière d’un fond d’écran mouvant avaient disparu. Le chauffeur de tram qui use prudemment de son klaxon ? La patronne de pharmacie qui sort son panneau de prix ? Le groupe d’enfants qui se rendent à la crèche ? Tous s’étaient évanouis, comme remplacés à la dernière minute dans le casting de mon parcours quotidien.
Les yeux grands ouverts, j’avançais à travers ces nouvelles contrées. Tout apparaissait sous un jour nouveau. Comme dans un film de Jean-Pierre Jeunet, je me sentais porté par un enthousiasme nouveau auquel il ne manquait guère qu’une musique entrainante. Les détails insolites sautaient à l’œil. Il y avait cet homme marchant pieds nus, l’air hagard. Un peu plus loin, quelques hommes encravatés dégustant une saucisse de veau sur le coup des huit heures et sous l’œil amusé de touristes asiatiques. Au bord du lac, des joggers dans le ciel rosé du matin, étranges silhouettes mouvantes sur fond d’aquarelle.
Arrivé à destination, l’idée paraissait toujours si inoffensive. Le bonheur est-il si proche qu’il suffise de changer de chemin pour le trouver ? Peu à peu, je soupçonnais l’auteur de l’article que j’avais consulté par hasard d’avoir cherché à nous ouvrir les yeux. Le bonheur ne réside-t-il pas dans un changement de perspective sur sa propre vie ? Se regarder sous un angle nouveau pour voir ce que nous sommes, mais pour surtout pour reconnaitre nos potentialités infinies ? Rien ne sert de se placer face au miroir, dans un mouvement d’introspection profond, pour entamer cette réflexion. Il suffit peut-être de changer son chemin quotidien, déclenchant un effet domino dont on ne sait où il mènera. Et si l’idée ne devait pas vous convaincre, chers lecteurs, refermez tranquillement ce magazine et dites à haute voix « Un article de plus sur la recherche du bonheur ».
Johan Rochel
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mercredi 26 janvier 2011
Fusil, liberté, et drôles d'idées
On l’attendait émotionnelle, la voilà singulière. La campagne contre l’initiative « Pour la protection face à la violence des armes » a amené vers la surface des arguments insoupçonnés sous nos latitudes. Il aura fallu toucher au cœur de plusieurs mythes helvétiques – tous reliés au fusil d’assaut – pour voir ces drôles d’oiseaux sortir du bois.
Premièrement, à travers l’affiche dénonçant « un monopole des armes pour les criminels » (UDC), ce sont des tonalités venues d’Outre-Atlantique qui se font une place dans le débat public. Dans la veine du 2è amendement de la Constitution des Etats-Unis (garantissant aux citoyens le droit de porter des armes), on cherche à profiler le citoyen façon explorateur du far west : une arme pour défendre biens et famille face aux agresseurs à poils et à plumes, grizzlis et Indiens compris.
En filigrane, c’est une étrange conception de l’Etat qui apparaît au grand jour. Celui-ci n’aurait plus « le monopole de la violence légitime » (Max Weber) et les citoyens seraient autorisés à user de l’arme de service ou d'une arme privée pour faire justice eux-mêmes. Le cas d’un fermier bernois qui dégomma et tua un voleur de cannabis l’automne passé montrent à merveille que cette vision n’est pas un simple exercice théorique. La police n’a donc qu’à bien se tenir, voici venir une nouvelle génération de citoyens faisant justice au Fass 90.
Quant à l’argument associant armes et démocratie (par ex. sous la plume de François Schaller, rédacteur en chef de l’Agéfi), quelle confiance avons-nous dans nos institutions et nos traditions démocratiques pour penser que le fusil d’assaut en serait la meilleure garantie ? L’exemple de la Tunisie montre de manière dramatique que l’arme est parfois garante de sécurité contre un Etat totalitaire. Mais la Suisse de 2011 est-elle sur cette voie ?
Deuxièmement, on s’étonne d’entendre un appel constant à la responsabilité et la confiance du citoyen. Mais de quoi parle-t-on ? Quelle est cette confiance de l’Etat qui ne concerne qu’une part minime des citoyens, excluant au passage toutes les citoyennes ? Quelle est cette confiance qui donne l’arme d’une main, mais reprend la munition de l’autre ?
De manière plus fondamentale, il ne s’agit pas de demander pourquoi le fusil doit retourner à l’arsenal, mais pourquoi il devrait en sortir. Pourquoi l’Etat distribue-t-il chaque année quelques 20'000 fusils d’assaut ? Presque plus personne ne conteste aujourd’hui que l’utilité militaire de l’arme à domicile (surtout sans munition !) relève du mythe. Alors pourquoi diable faut-il garder ces armes à domicile ?
Johan Rochel
www.chroniques.ch
Premièrement, à travers l’affiche dénonçant « un monopole des armes pour les criminels » (UDC), ce sont des tonalités venues d’Outre-Atlantique qui se font une place dans le débat public. Dans la veine du 2è amendement de la Constitution des Etats-Unis (garantissant aux citoyens le droit de porter des armes), on cherche à profiler le citoyen façon explorateur du far west : une arme pour défendre biens et famille face aux agresseurs à poils et à plumes, grizzlis et Indiens compris.
En filigrane, c’est une étrange conception de l’Etat qui apparaît au grand jour. Celui-ci n’aurait plus « le monopole de la violence légitime » (Max Weber) et les citoyens seraient autorisés à user de l’arme de service ou d'une arme privée pour faire justice eux-mêmes. Le cas d’un fermier bernois qui dégomma et tua un voleur de cannabis l’automne passé montrent à merveille que cette vision n’est pas un simple exercice théorique. La police n’a donc qu’à bien se tenir, voici venir une nouvelle génération de citoyens faisant justice au Fass 90.
Quant à l’argument associant armes et démocratie (par ex. sous la plume de François Schaller, rédacteur en chef de l’Agéfi), quelle confiance avons-nous dans nos institutions et nos traditions démocratiques pour penser que le fusil d’assaut en serait la meilleure garantie ? L’exemple de la Tunisie montre de manière dramatique que l’arme est parfois garante de sécurité contre un Etat totalitaire. Mais la Suisse de 2011 est-elle sur cette voie ?
Deuxièmement, on s’étonne d’entendre un appel constant à la responsabilité et la confiance du citoyen. Mais de quoi parle-t-on ? Quelle est cette confiance de l’Etat qui ne concerne qu’une part minime des citoyens, excluant au passage toutes les citoyennes ? Quelle est cette confiance qui donne l’arme d’une main, mais reprend la munition de l’autre ?
De manière plus fondamentale, il ne s’agit pas de demander pourquoi le fusil doit retourner à l’arsenal, mais pourquoi il devrait en sortir. Pourquoi l’Etat distribue-t-il chaque année quelques 20'000 fusils d’assaut ? Presque plus personne ne conteste aujourd’hui que l’utilité militaire de l’arme à domicile (surtout sans munition !) relève du mythe. Alors pourquoi diable faut-il garder ces armes à domicile ?
Johan Rochel
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vendredi 14 janvier 2011
Année électorale...par amour de la Suisse !
Éditorialistes et chroniqueurs se sont donnés le mot d’ordre pour la nouvelle année : pronostiquer au plus juste les résultats qui sortiront des urnes en novembre prochain, date de renouvellement du Parlement fédéral. Que de difficultés dans cet exercice de divination !
En guise de mise en bouche, il apparaît plus approprié de se contenter des différentes plateformes électorales déjà disponibles. Après le slogan « Ma maison – notre Suisse», l’UDC poursuit sur sa lancée avec « Les Suisses votent UDC ». Rien de nouveau sous le sympathique soleil de feu le parti agrarien. Plus surprenant s’avère être le choix des Libéraux-radicaux - avec une campagne fédérale "Par amour de la Suisse" - et des Démocrates-chrétiens et leur campagne "Les Suisses qui sont heureux votent démocrate-chrétien - Succès. Suisse. PDC.".
S’agit-il d’un choix bénin, une trace quasi non consciente de la funeste stratégie de pâle copie de l’UDC ? Ou s’agit-il d’une véritable nouveauté, qui révèlerait au passage des tendances plus profondes participant à la reconfiguration des partis du centre-droit ? Le temps semble mûr pour une tentative de mise en perspective.
A n’en pas douter, les slogans PLR/PDC traduisent un recentrage sur la Suisse. A son tour, celui-ci renvoie à une tension entre patriotisme et nationalisme. Les libéraux-radicaux réaffirment-ils simplement leur patriotisme originel, défini comme la volonté de pérenniser la qualité de notre vivre-ensemble ? Sur un ton amoureux, le PLR affirme-t-il sa volonté de se battre pour les principes et les institutions propres à un pays pluraliste, libéral et démocratique ? Pour tous ceux qui tremblent face au climat délétère qui s’installe, que la nouvelle serait réjouissante !
Mais il pourrait s’agir de nationalisme à peine dilué. Un amour du pays qui toucherait au fétichisme d’une Suisse qui n’existe que dans les mythes nationaux. Un amour fusion qui étoufferait le dynamisme de notre pays en le bloquant dans des structures et des concepts surannés. Un nationalisme dont on trouve moult émanations dans la sauvegarde d’une armée de grand-papa, la remise à l’ordre du jour d’un système scolaire couleur sépia et – ô combat suprême – dans l’éternelle croisade contre l’Europe.
La Suisse telle qu’elle existe depuis (seulement) un peu plus de 150 ans se transforme en standard absolu et indépassable. Impossible de penser l’après Etat-nation type 19e siècle. Et pourtant, à relire les arguments des conservateurs contre la mise en place de l’Etat fédéral en 1848, on se prend à entendre les chantres de la souveraineté nationale déclamant tout leur dégout de l’UE. O tempora – o mores ! Ô temps, ô mœurs ! Et pourtant, pourquoi la Suisse et sa souveraineté telles que nous les connaissons aujourd’hui devrait-elle perdurer éternellement ? L’histoire ne nous montre-t-elle pas l’évolution des institutions ?
Les positions défendues par les nationalistes de tout poil ne sont pas mauvaises en soi. Elles pèchent par manque de faculté d’adaptation et par excès de crispation face à toutes nouveautés. Les Libéraux-radicaux veulent s’engager "Par amour de la Suisse" et les Démocrates-chrétiens "Succès. Suisse. PDC" : grand bien leur fasse ! Espérons qu’ils sachent enfin reconnaitre la place des véritables patriotes : proches du centre et des grandes utopies libérales.
Johan Rochel
www.chroniques.ch
En guise de mise en bouche, il apparaît plus approprié de se contenter des différentes plateformes électorales déjà disponibles. Après le slogan « Ma maison – notre Suisse», l’UDC poursuit sur sa lancée avec « Les Suisses votent UDC ». Rien de nouveau sous le sympathique soleil de feu le parti agrarien. Plus surprenant s’avère être le choix des Libéraux-radicaux - avec une campagne fédérale "Par amour de la Suisse" - et des Démocrates-chrétiens et leur campagne "Les Suisses qui sont heureux votent démocrate-chrétien - Succès. Suisse. PDC.".
S’agit-il d’un choix bénin, une trace quasi non consciente de la funeste stratégie de pâle copie de l’UDC ? Ou s’agit-il d’une véritable nouveauté, qui révèlerait au passage des tendances plus profondes participant à la reconfiguration des partis du centre-droit ? Le temps semble mûr pour une tentative de mise en perspective.
A n’en pas douter, les slogans PLR/PDC traduisent un recentrage sur la Suisse. A son tour, celui-ci renvoie à une tension entre patriotisme et nationalisme. Les libéraux-radicaux réaffirment-ils simplement leur patriotisme originel, défini comme la volonté de pérenniser la qualité de notre vivre-ensemble ? Sur un ton amoureux, le PLR affirme-t-il sa volonté de se battre pour les principes et les institutions propres à un pays pluraliste, libéral et démocratique ? Pour tous ceux qui tremblent face au climat délétère qui s’installe, que la nouvelle serait réjouissante !
Mais il pourrait s’agir de nationalisme à peine dilué. Un amour du pays qui toucherait au fétichisme d’une Suisse qui n’existe que dans les mythes nationaux. Un amour fusion qui étoufferait le dynamisme de notre pays en le bloquant dans des structures et des concepts surannés. Un nationalisme dont on trouve moult émanations dans la sauvegarde d’une armée de grand-papa, la remise à l’ordre du jour d’un système scolaire couleur sépia et – ô combat suprême – dans l’éternelle croisade contre l’Europe.
La Suisse telle qu’elle existe depuis (seulement) un peu plus de 150 ans se transforme en standard absolu et indépassable. Impossible de penser l’après Etat-nation type 19e siècle. Et pourtant, à relire les arguments des conservateurs contre la mise en place de l’Etat fédéral en 1848, on se prend à entendre les chantres de la souveraineté nationale déclamant tout leur dégout de l’UE. O tempora – o mores ! Ô temps, ô mœurs ! Et pourtant, pourquoi la Suisse et sa souveraineté telles que nous les connaissons aujourd’hui devrait-elle perdurer éternellement ? L’histoire ne nous montre-t-elle pas l’évolution des institutions ?
Les positions défendues par les nationalistes de tout poil ne sont pas mauvaises en soi. Elles pèchent par manque de faculté d’adaptation et par excès de crispation face à toutes nouveautés. Les Libéraux-radicaux veulent s’engager "Par amour de la Suisse" et les Démocrates-chrétiens "Succès. Suisse. PDC" : grand bien leur fasse ! Espérons qu’ils sachent enfin reconnaitre la place des véritables patriotes : proches du centre et des grandes utopies libérales.
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